Lot 44 FRANCOIS POMPON (1855-1933)

Girafe
Bronze à patine noire brillante, d'après le deuxième état
Valsuani, fonte ancienne de belle qualité
Épreuve réalisée post-mortem circa 1950 /1955 d'après un modèle retravaillé en 1929
Petit cachet C. Valsuani à la cire perdue au dos sur la plinthe à sa gauche
Signée
19,7 x 12 x 5 cm sur terrasse 9,3 x 4,7 x 2 cm

Source
Plâtre appartenant à René Demeurisse
Provenance
Collection particulière
Exposition
Galerie Brame & Lorenceau, Paris, 5 novembre-18 novembre 1999, n°75 (épreuve identique)
Bibliographie
Catherine Chevillot, Liliane Colas, Anne Pingeot, «François Pompon, 1855- 1933», Catalogue Raisonné, Galimard, Électra, Réunion des Musées Nationaux, Paris, 1994, modèle référencé sous le n°99 pp.203-204, et reproduit planche 36 (exemplaire Musée des Beaux Arts de Dijon).
Un certificat d'authenticité de Liliane Colas en date du 18 décembre 2018 sera remis à l'acquéreur
Note
La Girafe fait partie des premiers modèles du bestiaire de Pompon, avant 1922, date charnière, avec l'exposition au Salon d'Automne de l'Ours Blanc monumental qui révèle son talent et tout une oeuvre déjà parfaite, que par la suite, son auteur perfectionnera davantage en créant de nouveaux modèles.
Chez Pompon, un même modèle peut être vu sous plusieurs aspects, illustrant les deux périodes les plus créatrices de l'animalier, qui a vécu de son métier de praticien. Réputé pour la taille de la pierre et sa technicité, il est recherché chez les plus grands comme Rodin puis chez son rival, René-Paul de Saint-Marceaux, jusqu'à sa mort en 1916.
François Pompon une vision simplificatrice, tranchant sur celle des naturalistes, en restituant la vérité d'une manière plus nouvelle, plus moderne.
Cette dernière est basée sur la forme vue globalement, se dessinant dans la lumière. Elle prend sa densité au travers des lignes, soulignant et détachant les volumes intérieurs sans provoquer d'ombre par leur passage. Alliance de douceur et de précision, ces mêmes lignes restituent la vie, la présence, la caractéristique, la beauté intemporelle de la bête étudiée. Avec tendresse, leur lumière gomme les détails de la mémoire et les restitue instantanément.
La première exposition de la Girafe date de 1919 dans la galerie d'Adrien Hébrard, rue Royale. Fondeur d'art, ce dernier promeut la technique à la cire perdue directe, d'un seul jet, un procédé appris auprès d'ouvriers italiens.
En promettant de véritables oeuvres d'art par des tirages originaux et sélectifs numérotés à une clientèle haut de gamme, il s'oppose aux nombreuses reproductions industrielles au sable, nécessitant le découpage au préalable et l'assemblage après la fonte.
Dès 1908, Adrien Hébrard remarque l'originalité de Pompon et désire se l'attacher en achetant certains de ses modèles. Ce n'est qu'en 1921 qu'un contrat, qui prévoit l'édition à trois épreuves – Pompon voulait rester propriétaire de son oeuvre – de quatorze modèles est signé. Parmi ces modèles, la Girafe, tirée seulement à deux épreuves : l'une en 1922, l'autre en 1923, vendue par la galerie Ruhlmann.
Après 1922, le modèle proposé en plâtre pour la fonte reste rare en bronze.
La première édition chez Valsuani en 1924 reprend le modèle antérieur, précis et plus lisse. Pour la deuxième, en 1929, il est travaillé et perfectionné : La terrasse est la même, avec des mesures approximatives.
Exposée à Londres en 1830, invendue, elle rejoint la collection du legs au Muséum en 1934 et est déposée à Dijon en 1948.
Analyse
En 1934, plusieurs moulages restant dans l'atelier de Pompon sont légués au Louvre et à Dijon, dont celle utilisée - deuxième état - pour les fontes tardives en possession de l'exécuteur testamentaire.
Les plâtres de 1924 et 1929 servent aux fontes posthumes de la deuxième série, après 1965. Ils proviennent de dons aux propriétaires, comme celui passé en vente en septembre 2012 à Pontoise (Vente François Pompon et l'école animalière du XXème siècle, Aponem, lot n°4), mentionné « original » au dessous et signé au crayon par Pompon sur la terrasse à sa droite, offert à Emmanuel de Thubert en remerciement pour la publication de sa monographie en 1927. Entre 1971 et 1978, une série de 12 est effectuée par la fonderie Valsuani. Le numéro 5 est exposé à New-York, à la galerie Acquavella, lors d'un exposition consacrée au sculpteur en 1970-1971, sous le numéro 32.
Quant à la Girafe examinée, du deuxième état de 1929, elle présente la précision de 1924, accrue par la concision et le souci de révéler l'entière composition sur un même point de vue. En basculant légèrement la forme par la torsion de la tête et du cou, les deux profils sont plus apparents. Le méplat a été accusé sur la tête pour la même raison.
La lumière se détache et met en valeur les volumes rebondis et la netteté de son dessin dans l'espace. Les pattes postérieures ont été rapprochées et décalées, sans occulter la queue qui se colle à la patte, ni l'angle entre les antérieures, agrandi pour accentuer le moment où la marche s'est arrêtée et peut reprendre.
La sensibilité et la chaleur du plâtre initial ont été conservées sous le ventre un peu grumeleux, et entre les pates antérieures, quoique le bronze ait été soigneusement poli et la précision accentuée. Il appelle à la caresse, sur le conseil de son auteur.
Au revers, l'oxydation très présente écarte l'hypothèse d'une fonte récente et serait suffisamment ancienne pour avoir été exécutée dans les années 1950 /1955 par l'exécuteur testamentaire, mort en 1961. Ce dernier détenait un plâtre lui appartenant, exposé en 1937 à New-York, à la galerie Brumer (répertorié sous le numéro 99).
À la différence des fontes d'époque, signées sur la plinthe, la signature est inscrite sur la terrasse, qui s'incline comme celle du plâtre de Pontoise.
Séduisante par sa finesse et son élégance, la Girafe reste le témoignage de la subtilité technique de Pompon dans ce petit modèle, bijou porteur d'un message de l'amour du sculpteur pour « ses chères petites Bêtes », qui savaient mieux le lui rendre que l'Homme.
Liliane Colas - décembre 2018

ESTIMATION : 15 000 / 20 000 €
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