Lot 41 FRANÇOIS POMPON (1855-1933)

Grand-Duc, 1930
Grande taille
Marbre blanc unique réalisé en 1930 par Pompon - Taille semi-directe
Signé sur le devant de la terrasse à sa droite « Pompon » en gravure.
63 x 23,3 x 26 cm
Sur sa terrasse modulée en hauteur : 15 x 20 cm sur le devant
16 x 19,8 cm au dos

Provenance
Docteur François Debat. (Acquis en février 1932 à la galerie Ruhlmann)
Resté dans sa descendance jusqu'en 2018
Collection particulière, France
Exposition
Galerie Ruhlmann « Une École française contemporaine » : 12.12.1930 - 12.01.1931 (resté en dépôt (inv. Ruhlmann 1932 ) : 1931-1932)
Galerie Ruhlmann : 1ère exposition du groupe des Douze : 8.04.1932 - 07.05.1932
Bibliographie
Catherine Chevillot, Liliane Colas, Anne Pingeot, « François Pompon, 1855-1933 », Catalogue Raisonné, Galimard, Électra, Réunion des Musées Nationaux, Paris, 1994, modèle référencé sous le n° 36 - p.188. (exemplaire Musée des Beaux Arts de Dijon).
Un certificat d'authenticité de Mme Liliane Colas spécialiste de l'artiste et auteur du Catalogue Raisonné en date du 18 janvier 2019 sera remis à l'acquéreur.

Grand-Duc (Eagle Owl), 1930
Large size
Unique white marble statue produced by Pompon in 1930 – semi-direct size
Etched signature “Pompon” at the front of the base on the right.
63 x 23,3 x 26 cm
On its base of varied height: 15 x 20 cm in front - 16 x 19.8 cm in back
Provenance
Doctor François Debat. (Acquired in February 1932 from the Ruhlmann Gallery)
Remained within the family until 2018
Prvate collection, France
Exhibition
Ruhlmann Gallery “Une École française contemporaine” (A Contemporary French School): 12.12.1930 - 12.01.1931 (in storage (Ruhlmann inventory 1932 ): 1931-1932)
Ruhlmann Gallery: 1st Group of Twelve exhibition: 08.04.1932 - 07.05.1932
Literature
Catherine Chevillot, Liliane Colas, Anne Pingeot, “François Pompon, 1855-1933,” Catalogue Raisonné, Gallimard, Électra, Réunion des Musées Nationaux, Paris, 1994, model referenced under no. 36 - p.188. (copy from the Dijon Musée des Beaux-Arts).
With a certificate of authenticity by Liliane Colas, specialist of the artist and author of the Catalogue Raisonné of 18 January, 2019

Notes
Le Grand-duc, hibou de grande taille, est le plus grand oiseau nocturne.
Pompon a pris pour modèle un Harfang des Neiges, choisi pour sa blancheur dans l'intention de le réaliser en pierre blanche, et pour sa taille naturelle, de 56 à 68 cm.
En 1929, l'animalier s'affirme comme un sculpteur de la pierre : le Grand Ours Blanc en pierre de Lens trouve sa place au Luxembourg et le premier Grand-duc en pierre d'Hydrequent, spécifiée par Pompon, agrandi à 52 cm et réalisé en 1928, est exposé au salon d'automne. Un autre en marbre, cette fois en 55 cm, date de cette même année et est exposé en 1930. Il est acquis 25.000 fr en 1931 par Marcel Bernheim et revendu à Drouot en 1991. De taille assez semblable, Pompon l'appelle « moyen ».
Pour une importante exposition à Londres, galerie Saint Georges, en 1929, un deuxième agrandissement en pierre d'Hydrequent, en 65 cm, conservé au Muséum, est exécuté par le praticien attitré du sculpteur (noté sur livre de comptes, Pompon M'O).
Un marbre de petite taille payé 4.500 francs, commandé en 1929, livré en janvier 1930, noté sur le livre, est le dernier connu et répertorié, et clôture la série, ce jusqu'à l'apparition du Grand- duc ci-dessus, en 63 cm.
Quatre Grands-ducs sont notés et référencés de 1928 à 1930.
En 1928, un premier agrandissement de 52 cm (en bronze) : une pierre (Belgique)
55 cm : un marbre (Bernheim).
En 1929/1930, une petite taille non précisée (28 en bronze) : un marbre (Supervielle)
De 1929 à 1931/1932, un deuxième agrandissement.
En 1929 : 65cm (Muséum) une pierre. En1931/1932 :
63 cm (coll. Debat) un marbre non référencé.
En tout, cinq Grands-ducs dont un en pierre réalisé par le praticien en 1929, en trois tailles (Grande : 65 cm. -
Moyenne : 55/52 cm. - taille du bronze - et petite : 28 cm
- taille du bronze.)
Les éditions en 52 cm commencent en 1929/1930 et sont poursuivies jusqu'en 1933 sans évolution. Deux tailles sont notées dans les oeuvres éditées en bronze par Valsuani (moyen-petit). Le marbre examiné est de la grande taille : 63 cm. Il est unique.
Sa provenance peut nous éclairer sur la date de sa réalisation. En effet il fut acquis à la suite de l'exposition « Une Ecole de Sculpture Française », Pompon le déposera à la galerie Ruhlmann en juillet 1931 où il exposait de manière permanente où il y fut acquis et réglé le 3 mars 1932 pour la somme de 22 500 fr. (18 000 fr + 25% galerie) (Extrait de l'inventaire Rulhmann).Le marbre, très supérieur, plus subtil, rayonne de l'extérieur et sa sensibilité intérieure est accrue tout en gardant sa présence et son symbolisme dont on ne peut le séparer. En outre, c'est une démonstration de la technique de Pompon et du rôle du contrôle des effets révélateurs de la lumière sur les volumes. Ici, ces derniers sont noyés de l'aile
et accusés dans le plâtre modèle et la pierre d'Hydrequent.
De 1929 (Muséum). Très présents mais adoucis, ils se terminent plus nettement sur la terrasse, mais modulent la surface par la variation de l'épaisseur des plumes dans un rendu moelleux.
L'agrandissement étire la forme prévue pour 52 cm (plâtre à points de repère – Musée de Saulieu).
La tête est plus dégagée, mais les yeux ne sont pas traités de la même manière. Le léger basculement ne les met pas au même niveau et leur expression est différente. L'oeil droit, sans regard extérieur dans l'ombre, est occulté en creux.
Le gauche, plus clair au contraire, s'ouvre sur la vie et la lumière.
Ce regard intérieur est lié au symbolisme de l'oiseau mythique, fil directeur de la représentation de ce Grand-duc qui s'inscrit dans la lignée des animaux dieux de l'Antiquité ici gréco romaine, exploitée aussi dans celle de l'Egypte : citons le Condor (1923), le Pélican (1924), l'Hippopotame agrandi en 1931 et les Grues (1926/27) - dans les légendes celtiques : le Sanglier, le Cerf - tous dans leur taille naturelle pour ne pas les séparer de la Nature et de la vérité de leur forme, tous idéalisés dans des attitudes vivantes.
N'oublions pas que Pompon appartient à la génération des symbolistes. Sa vision moderne ne s'attachant qu'à la globalité de la forme, son dessin dans l'espace et la lumière lui font abandonner « le sentiment » expressif pour le diffuser dans l'ensemble, mais il ne renonce pas aux symboles venant du fond des âges pour les modèles qu'il a sous les yeux tout en prônant un retour au classicisme et à sa conception.
Sa construction est ainsi basée sur le nombre d'or et son architecture incluant la sculpture dans un cadre géométrique.
Ces principes génèrent la stabilité de chacune de ses créations et leur caractère intemporel. Sa méthode personnelle, forgée sur l'observation et l'expérimentation, ne le guide pas au simplisme mais à une simplification savante et toute en nuance dans un style qui le définit.
Il importe d'expliquer la conception du Grand-duc : Architecturale tout d'abord, elle forme bloc sans être bloquée, la main de l'artiste étant guidée par l'esprit, dégageant la matière puis la polissant en jouant sur la valeur de la réflexion de la lumière et de son dosage sur une surface absolument lisse qui n'exclue pas la sensibilité et la sensation de vibration intérieure : il suffit de caresser le Grand duc pour en être convaincu.
« …Touchez, vous sentirez tous les os… », disait Pompon, pour répondre à l'absence de toute ossature et du détail extérieur.
Pour bien convaincre de la différence avec et sans plumes il modèle un poulet déplumé, fait tout à fait humoristique, à mettre en parallèle avec une de ses poules bien emplumée, chaleureuse et ronde. Ensuite, Pompon a voulu traduire la vie : par l'attitude, le mouvement ou le statisme dynamique, c'est-à-dire sous tendu dans l'immobilité par des lignes fortes et nettes, et par le pouvoir du symbolisme, autre forme de vie supérieure.
En 1928, le Grand-duc exposé au salon d'automne s'intitule « Ascalaphe ». Mais, si la vérité de sa forme renseigne sur son identité sans ambigu?it., la légende inspirée de la mythologie grecque en revanche est peu perçue, expliquée par son auteur qui dédicace sa photo … « Athénée, l'oiseau de Pallas qui ne regarde qu'en lui-même… » Ascalaphe s'étant attiré les foudres de Zeus fut puni, enseveli sous un roc, pétrifié et transformé en hibou par Athénée, devenu chouette protectrice des arts, dotée du pouvoir de lire ce qui est caché, symbole de la sagesse par son immobilité silencieuse.
Emblème d'Athènes, divinité personnifiant la sagesse, l'intelligence, les arts et sa monnaie : retour aux sources antiques dont se réclame alors la sculpture classique française.
L'oiseau se présente de face et de trois-quart à l'égyptienne, sa posture est naturelle. La grandeur et la vie du nocturne est restituée par une étude savante de la lumière lunaire sur les volumes arrondis, lumière de la nuit, celle du regard et de son absence occultée par la pétrification.
Remarquons les serres fortement ancrées, qui assurent la stabilité de l'oiseau, branché et tendu vers l'arrière. Cette posture qui décrit la tension permanente et le statisme vibrant, est accusée et compensée par la modulation de la terrasse plus haute à l'arrière. Le dos est dessiné par une ligne à gauche partant du sommet de la tête et dessine la queue se détachant du bloc, en remontant sur le profil droit pour la rejoindre et le découvrir tout entier avec son oeil droit. La modulation de la surface de la terrasse est une reprise du modèle conçu pour le bronze plus malléable auparavant, plus chaleureux que la pierre mais qui se retrouve dans ce dernier marbre où la sensibilité devient semblable.
L'agrandissement en 1929 du Muséum vient du plâtre, modèle en 52 cm à point de repère. Le volume de l'aile se détache par une ligne la démarquant en creusant une ombre sur le devant qui n'apparaît plus dans le marbre.
Pompon l'a modifié au cours de la taille. Il a ajouté les rondeurs des touffes de plumes devant les pattes qui n'existaient pas. La tête est semblable mais, sur l'ensemble, le rendu dans la pierre est moins fluide. Le dernier marbre est un sommet par sa luminosité et sa sensibilité.
La provenance de ce Grand-duc est attachée à la période ou Pompon est au fait de sa popularité. Maître des animaliers du Jardin des Plantes, chef d'une école de plein air, fondateur et président du Groupe des Douze Animaliers Français qui remplace l'ancienne Société des Artistes Français peintres sculpteurs décorateurs.
De cette dernière, jugée trop académique et représentée par son président Georges Gardet, membre de l'Institut, il reprend le principe d'une exposition annuelle. Le Groupe des Douze est représenté par une équipe jeune, pleine d'avenir sans être passée par les Beaux-Arts, mais tous adeptes de Pompon, dictés par une méthode faite d'une manière personnelle, tant en sculpture qu'en art décoratif.
La dernière exposition a lieu entre en 1931, à la galerie Georges Petit. La première exposition du Groupe des Douze en avril 1932 à l'hôtel Ruhlmann précisément où Pompon avait déjà exposé le marbre acheté par Marcel Bernheim. Plusieurs indices le confirment : A l'inauguration des Douze et à l'exposition du 8 avril – 7 mai 1932. Pompon y expose un Grand-duc, marbre noté avec son prix de vente, 35 000 francs. Cependant, à la suite de son acquisition en février, il annule son envoi à la biennale de Venise (28 avril à novembre) et le maintient à la galerie Ruhlmann.
Le Docteur François Debat figurait dans le patronage des membres d'honneur du Groupe de Douze.
Il a ainsi vu le Grand Duc à la galerie Ruhlmann.
Liliane COLAS - Janvier 2019

ESTIMATION : 150 000 / 200 000 €
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