Lot 56 TÊTE DE CARACALLA JEUNE (188-217 A.D.)

Marbre de type parien à gros grains cristallins.
Traces de pigment rouge dans la chevelure.
Très bel état de conservation.
Léger manque à la chevelure à l'arrière.
H_ 20 cm

Art romain, début III ème siècle, v. 208-210

Le portrait du jeune prince est caractérisé par un profil bien marqué, avec un nez à l'arête large et légèrement aplatie, un menton rond et robuste, des yeux grands avec des pupilles incisées en profondeur ; la bouche formée de lèvres peu charnues et légèrement ouverte. L'incision qui souligne l'iris et les paupières (avec la partie centrale qui présente une cavité cuoriforme) contribue à donner une plus grande force à son expression ambitieuse.
L'arcade orbitae proéminente, le front bas et légèrement marqué par des rides d'expression.
Le visage est plein et jeune, et encadré par une abondante chevelure en boucles serrées et une délicate barbula qui descend jusqu'aux mandibules.
La particularité de la chevelure réside dans l'usage de deux outils distincts ; le trépan (les petites cavités rondes apportent de la profondeur à l'épaisse chevelure), la pointe, pour le rendu élégant des mèches spiraliformes.
Sur la nuque, les mèches sont quant à elles ondulées, dans un sens alterné.

La technique d'exécution et le style sont ceux des ateliers provinciaux de la première vingtaine du II ème siècle après J.-C.
Dans ce cas précis, le personnage représenté est à rapprocher d'un membre de la dynastie impériale des Sévères. Le visage trouve en effet de nombreux parallèles, assez précis, avec ceux des portraits de l'empereur Caracalla jeune (188-217 A.D) et certains de son frère Geta (189-212 A.D.).

Un des exemples les plus proches se trouve dans les émissions de monnaies de cette période, tel que l'aureus représentant Geta princeps (émission de 209 A.D. - BMC 585, RIC 60c, C.2899, fig.1).
Sur cette monnaie le visage du jeune prince se caractérise par de délicate pattes avec absence de couronne de lauriers sur la tête, indiquant qu'elle fut frappée en 209 A.D. peu après la saison d'automne alors qu'il ne portait encore que le titre de César : à la fin de cette même année, Geta fut proclamé co-empereur aux co?tés de son père Septime Sévère et de son grand frère Caracalla.

Ce dernier fut lui- même proclamé Auguste en 197 A.D. Les conflits entre les deux jeunes frères entachés d'une dangereuse jalousie s'enveniment alors de plus en plus, à tel point que leur mère Julia Domnia après la mort de Septime Sévère en 211 A.D. dut s'interposer. Le conflit fraternel se termina par l'assassinat de Geta en 212.

Le buste en marbre de Geta (Rome, Musei Capitolini, Palazzo Nuovo, Sala degli Imperatori, ca. 208 A.D., inv. MC468, fig.2) ainsi que celui du Musée du Louvre lui aussi daté de 208 A.D. (Ma 1076- MR 512, fig.3). Cependant, la forme du crâne, la chevelure, le nez large, la bouche fine, les oreilles grandes, le front bas et légèrement ridé, l'expression du regard sont tant de caractéristiques que l'on retrouve dans les portraits du jeune Caracalla.

A l'âge adulte, les traits du visage se marquent davantage sous le poids de son ambition et de son caractère colérique et sont accentués dans ses représentations par la torsion du cou et du regard.

Une analyse des monnaies révèle cette évolution physionomique avec une attention particulière sur les variations du profil, de la chevelure et de la barbe. Après l'observation de certains aurei de 205-207 A.D. (Cal. 2777 S3, RIC 80a, fig.4), on notera l'absence des pattes qui apparaissent peu à peu jusqu'à descendre verticalement sur les mandibules mais sans arriver jusqu'au menton.

Dans les émissions de 208-209 A.D. (cf. aureus publié dans Hurter in Schweiz Mu?nzbla?tter, SM 30, 18, May 1980, pp.39-41, fig. 1 and LIMC V et l'aureus dans RIC 109a, fig.5).

Les caractéristiques physionomiques du portrait en marbre identifié comme celui de Caracalla jeune à l'âge de 22 ans, sont reconnaissables en particulier sur un denier émis en 209 A.D. (RIC 111, fig.6) et sur un sesterce daté de 210 A.D. (RIC 452a; C. 489; BMC 205, fig.7). La glyptique nous apporte aussi d'autres comparaisons ; avec l'intaille en sardonyx avec les portraits de Septime Sévère, Julia Domna, Caracalla et Geta, datable de 208-209 A.D. et conservé au Metropolitan Museum, inv. 40.143 (fig.8).

Ce portrait en marbre est à rapprocher d'un atelier provincial et peut donc être aisément daté autour de 208-210 ap. J.-C.
L'oeuvre réalisées en marbre parien révèle à la lumière sa transparence dans les zones de moindres épaisseurs (nez) et présente dans sa chevelure de nombreuses traces de pigment rouge brun, avec résidus antiques de dépo?ts naturels et d'une patine aux tons chauds.

L'état de conservation est quasi-optimal, avec un nez parfaitement intact, avec un seul manque à la chevelure à l'arrière du crâne.

Provenance :
Luxembourg, collection privée de Madame M., acquis le 18 Mars 1979 Ho?tel des Ventes Jean Loiseau et Alain Schmitz sous le n°240 de la vente du 18 Mars 1979

A ROMAN MARBLE PORTRAIT OF YOUNG CARACALLA, circa 208- 210 A.D.

ESTIMATION : 25 000 / 30 000 €
Vendu pour : 29 000 €
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