Lot 8 HENRI-JULIEN-FÉLIX ROUSSEAU, DIT LE DOUANIER ROUSSEAU (1844-1910)

Deux lions à l'affût dans la jungle, circa 1909-1910
Huile sur toile
Signée en bas à droite : Henri Rousseau
84,5 x 119,8 cm

Estimation sur demande

Provenance
Collection particulière

Bibliographie
Cette oeuvre sera reproduite dans le Catalogue raisonné de l’oeuvre peint du Douanier
Rousseau actuellement en préparation par Yann le Pichon.
Un certificat de Monsieur Yann le Pichon en date du 10 octobre 2015 sera remis à l’acquéreur.
Un rapport d’analyse scientifique effectué par Madame Laurette Thomas en date de juin 2007 sera également remis à l’acquéreur.

«Le Douanier Rousseau commença à connaître la renommée lorsqu’il exposa son extraordinaire «Lion ayant faim» au Salon d’Automne de 1905 où s’afficha le «fauvisme» dont l’appellation fut empruntée précisément à ses fauves – bien que sa peinture n’eût rien à voir avec l’éclatement des couleurs dont firent preuve notamment Derain, Manguin, Matisse... Cézanne aussi avec ses «Baigneurs», dans ce même Salon qui sera traité de «Cage aux Fauves» à cause de lui.
Dans les arbres, au-dessus du lion dévorant l’antilope, on y voit un jaguar dont la tête, qui se veut effrayante, annonce celle de la lionne, tapie à droite de notre tableau parmi les dracénas ; tandis qu’à gauche, la tête du lion qui nous regarde de face prélude à celle que l’on voit au centre de son dernier tableau peint en 1910, l’année de sa mort, «Le Rêve». C’est une des raisons principales pour laquelle je crois pouvoir dater cette forêt vierge des ultimes années de sa vie où son imagination créatrice se débrida au point d’accéder à un surréalisme, poétique et onirique, avant la lettre et l’engouement.
En fait de jungle tropicale, le Douanier Rousseau ne va pas chercher loin son décor végétal. Comme dans d’autres paysages exotiques, il essaie de donner l’illusion de la troisième dimension (étant incapable de respecter les lois de la perspective) en superposant un premier plan de dracénas puis, plus élevé, un second plan de palmes et, en hauteur, des branches de paulownias.
La lionne est plus timide que le lion qui cependant témoigne une certaine méfiance. Peut-être est-ce celle du peintre lui-même qui, d’après plusieurs témoins, se trouvait à ce point effrayé par ses propres créatures sauvages qu’il lui fallait quitter son chevalet, ouvrir la fenêtre de son atelier pour s’assurer qu’il était bien dans Paris. Mais, habitant tout près de la gare de Montparnasse, les sifflements des locomotives le replongeaient dans sa frayeur toute imaginaire.
Dans le catalogue de l’exposition «Le Douanier Rousseau. L’innocence archaïque», au Musée d’Orsay (du 22 mars au 17 juillet 2016), j’ai évoqué précisément «les sources d’inspiration des tableaux du Douanier Rousseau» et j’y ai insisté sur le principal message que les jeunes fondateurs de l’art moderne ont retenu de son oeuvre : sa parfaite sincérité. Il leur a fait comprendre que l’art se délite s’il n’est qu’artificiel – car mensonger – et qu’il ne peut qu’être voué à l’expression naturelle et sublimée de la Vérité, sans laquelle il n’est point de vraie beauté. Elle saute aux yeux dans ce tableau parfaitement, poétiquement, authentique.»
Yann Le Pichon
Historien de l’Art. Légataire universel du Douanier Rousseau

«Le Douanier [customs officer] Rousseau first stepped into the spotlight when he put his extraordinary «The Hungry Lion» on exhibition at the 1905 Salon d’Automne where «Fauvism» appeared, a movement whose name was lifted specifically from its «fauves» [wild animals]; though his painting had nothing to do with the wild burst of colours particularly demonstrated by the likes of Derain, Manguin, Matisse…and Cézanne, as well, with his «Bathers», in this same Salon which, thanks to him, would be called the «Cage of Wild Beasts».

In the trees, above the lion devouring the antelope, we see a jaguar whose head, intended to be frightening, heralds that of the crouching lioness, to the right of our painting’s scene among the dracaenas; meanwhile, on the left, the head of the lion looking at us straight on serves as a prelude to that which would be observed at the centre of his last scene painted in 1910, the year of his death: «The Dream». This is one of the main reasons why I believe that we can date this virgin forest from the final years of his life, when his creative imagination became unbridled to the point of extending into a kind of surrealism, poetic and dreamlike, before the letter and his infatuation.

Indeed, for the tropical jungle’s verdant decoration, «Le Douanier» Rousseau does not look far. As with other exotic landscapes, he attempts to offer the illusion of the third dimension (being incapable of respecting the laws of perspective) by placing dracaenas in the foreground which overlap a background of palms higher up and, higher still, some paulownia tree branches.

The lioness is more timid than the lion who, nevertheless, expresses a certain measure of distrust.Perhaps this was that of the painter himself who, according to several witnesses, was so frightened by his own wild creatures at this point that he had to leave his easel, open his studio window and make sure that he was, indeed, in Paris. However, living so close to the Montparnasse train station, the whistling of locomotives plunged him once more into his imaginary fear, thanks to his naivety, unshakeable and infectious.
In the catalogue for the exhibition «Le Douanier Rousseau. L’innocence archaïque [the archaic innocence]» at the Musée d’Orsay (from 22 March to 17 July 2016), I specifically mentioned «the sources of inspiration behind the paintings of Le Douanier Rousseau», and I emphasised the essential message that the young founders of modern art have retained from his work: his perfect sincerity. He helped them to understand that art crumbles only if it is artificial - because that equates to deceit - and that it can only be understood as a natural and sublimated expression of the Truth, without which there is no real beauty. Such appears before our very eyes in this painting - perfect, poetic, genuine.»

Yann le Pichon
Historien de l’Art. Légataire universel du Douanier Rousseau

Authenticity certificates:
A certificate from Mr. Yann Le Pichon, dated from the 10th of October 2015, will be given to the buyer.
A scientific analysis report from Mrs Laurette Thomas, dated from the June 2007, will also be given to the buyer.

Vendu pour : 2 600 000 €
Enchérir Poser une question
Retour au catalogue